Menu
Être cycliste pendant la saison des raclettes

C'est le piège absolu de tous les hivers, une ruse encore plus grossière qu'une caméra-cachée de la grande rassrah de Cyril Hanouna, mais dans laquelle on finit toujours par tomber : la raclette. "Il faut manger pour vivre" dit l'adage, mais celui-ci oublie toutefois un point essentiel : vous êtes coureur cycliste et le gras est votre kryptonite lors de la coupure hivernale.


18h32 : votre téléphone sonne. C'est Dédé, cet ami d'enfance que vous peinez à assumer devant votre meuf mais que vous aimez très fort, un peu comme ce vieux slip troué Pokémon avec une tête de Chenipan qui orne l'emplacement de vos bijoux de famille. Pensant à une énième blague débile que votre ami souhaite vous raconter, vous décrochez machinalement, et là c'est le drame. 

"On s'fait une raclette ce soir ?"

La voix pleine d'émotion et le regard rempli d'étoiles brillantes comme mille Sagan réunis, Dédé vous fait l'offre à ne pas faire. Celle qui ne peut se décliner (car refuser une raclette est un affront ultime passible de 15 coups de fouet en Suisse et de peine de mort dans quelques contrées reculées de Savoie) mais qui représente le plus grand des dangers pour le grimpeur affûté que vous êtes (ou que vous pensez être, comme Santiago Botero en son temps). Contraint, vous esquissez un timide "oui". À ce moment là vous resentirez comme un vague sentiment de rébellion envahir votre corps, comme si vos jambes (qui viennent de s'enfiler 120 bornes sous la pluie, espèce de monstre) s'énervaient contre votre manque de courage face à l'adversité en vous traitant de Nérokintana. C'est déjà la huitième fois que vous craquez cet hiver pour le mythique fromage fondu, et c'en est trop. Le point de non-retour étant toutefois atteint, il ne vous reste plus qu'à écrire un mot d'absence aux pâtes complètes et aux lentilles corail bio qui vous attendaient ce soir.


Santiago Botero, victime des raclettes ?

19h57 : vous arrivez chez Dédé, la peur au ventre. À tout instant le couperet va tomber. Vous vous convainquez, un verre de blanc à la main, que tout ira pour le mieux et que vous attaquerez uniquement la patate et les cornichons, avec pourquoi pas une tranchette de jambon blanc pour marquer le coup. Puis vient l'heure fatidique : Dédé et ses acolytes mettent la machine de torture en chauffe, laquelle dégage ce parfum curieux de radiateur rallumé après un an d'inactivité, mêlé au fumet du gras sacrifié quelques jours plus tôt sur ce bouillant autel du graillon. 

20h08 : c'est la fin ! Caro, la copine de Dédé lance les hostilités. "Allez, j'ai trop faim moi !" glousse-t-elle en allongeant sa première victime fromagère dans son truc à raclette (c'est quoi d'ailleurs, le nom exact de cet ustensile ?).


Cet outil de torture moderne, créé par Satan himself, ne porte même pas de nom.

20h09 : on ne peut nier que cette odeur est attirante... Allez champion, il faut résister !

20h09 (et 27 secondes) : bravo, vous avez résisté à la tentation ! Votre corps vous dira merci au mois de mars sur la ligne de départ du Grand Prix de Saint-Jean-Michel-de-la-Chnouffe.

20h09 (et 31 secondes) : euh, vous faites quoi là ? Laissez ce bras sous la table, non. Non ! NON ! NOOOON !

20h09 (et 34 secondes) : LÂCHEZ CET ÉNORME MORCEAU DE MORBIER !

20h09 (et 35 secondes) : ainsi donc vous avez succombé. Vous êtes faible. Vous me dégoûtez ; on dirait Louis Meintjes qui défend sa 9e place en début de deuxième semaine du Tour. 

21h58 : félicitations champion, vous venez de prendre l'équivalent du poids de douze Carlos Betancur réunis et d'avaler autant de calories qu'il n'en faudrait pour nourir un tiers de la population du Darfour. Culpabilisez maintenant, c'est un ordre ! 

MORALITÉ : on ne peut tout bonnement PAS résister à une raclette, à moins d'être un moine ascétique ou une maman vegan qui donne des prénoms de fruits à ses enfants. Tout cycliste que vous êtes, "faire le métier" est impossible lorsque la saison des orgies de fromage fondu pointe le bout de son nez et c'est une fatalité à assumer. Comme Boromir découvrant que le sort des Hommes dépend d'un ridicule et modeste anneau de pouvoir, vous comprenez que du simple lait fermenté aura raison de votre carrière cycliste. Quand bien même, il suffira de manger des graines tout le mois de février en évitant la rechute si vous partez skier (le plus gros danger des vacances en station n'étant pas de s'émietter la rotule sur une plaque de verglas, mais de se faire proposer une raclette). Après tout vous avez le temps de perdre vos kilos superflus : votre pic de forme est programmé au mois de juin pour le Grand Prix Pass'Cyclisme de Saint-Jean-Denis-la-Bouillasse, sur vos terres. 

Ah, mais juin, c'est aussi le début de la saison des apéros-barbecue ? 

Caramba, encore raté. 

Si tu aimes la raclette, tu peux partager cet article. Et si tu n'aimes pas la raclette, tu es un menteur alors partage cet article !
Tu peux aussi te procurer notre livre pour égayer les soirées d'hiver, en cliquant ici

Rédigé par La Musette le Thursday November 9, 2017

Plus d'articles