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Être cycliste : comment assumer ?

Ou comment faire taire les rageux qui pensent que le cyclisme se résume à avoir les jambes rasées et à s’insérer des oranges pressées en intra-veineuse.


Que celui qui n’a jamais entendu cette injonction me jette la première Pierre Rolland : « Ah tu fais du vélo ? T’es dopé ? ». Cette phrase, souvent suivie d’un ricanement hautain, est malheureusement notre misérable quotidien à nous tous, fervents astiqueurs de rivets. Cette vanne eau-clairophobe est d’ailleurs souvent suivie du fameux « De toute façon le vélo c’est un sport de pédale car vous vous rasez les jambes ». Combo !
Mais s’est-il vu Hervé, supporter assidu de la Berrichonne de Châteauroux, avec son échappe rouge et bleue à gueuler tous les week-ends sur un mec qui ne court pas assez vite et sur un autre qui n’arrive pas à taper correctement dans une baudruche gonflée comme la défense de Krisfroume ? Payant pour être parqué sous un amas de tôle à se geler les miches ou pour s’offrir Bein Sport en y lâchant un demi-SMIC par an, Hervé semble bien culotté à vouloir ainsi se moquer du cyclisme et de ses pratiquants et suiveurs. Comment donc lui boucler son bec suintant le mélange Arabica-clope lorsqu’il vous lance cette attaque frontale à la machine à café de bon lundi matin ?

1. La technique du balek

Laissez-le dire, Hervé est un con. Rappelons-le : nous parlons là d’un mec qui supporte une équipe de football qui se bat dans le ventre mou de la deuxième division depuis plus longtemps que Davide Rebellin ne foule cette Terre, qui regarde TPMP, bouffe des pizzas à l’ananas et prend des salades au McDo. Vraiment, ne lui apportez aucun crédit, il n’a pas forme humaine. 

2. La médiation

Technique préconisée par le Dalai Lama himself et consistant à ouvrir le dialogue et à privilégier l’écoute. Entendez ce qu’Hervé a à vous raconter, prenez-en excellente note et ouvrez le débat en lui exposant vos idées et vos contre-arguments. N’utilisez pas trop de mots compliqués et faites des phrases courtes : vous ne devez pas oublier que les références culturelles d’Hervé se cantonnent au dernier album de Keen’V et à la carrière cinématographique de Clara Morgane. 

3. L’offensive

Prenez-le à la gorge et répondez à ses attaques par des offensives encore plus tranchantes qu’un frein à disque en vous référant à la corruption, à l’argent-roi et au dopage étouffé des vedettes de son sport. Renvoyez-le tout bonnement à ses propres faiblesses et finissez-le avec la vidéo de Fabio Cannavaro s’injectant une demi-douzaine de Riccardo Ricco dans les bras, planqué dans le vestiaire de son équipe italienne avant un match. Wasted !

4. La technique du Sagan

Faites-vous couler une deuxième dosette Senseo et proposez à votre détracteur d’ingurgiter un best-of des plus belles envolées de notre sacro-saint Peter. Si le charme n’opère pas instantanément, c’est qu’Hervé est vraiment buté et que la Berrichonne de Châteauroux lui a bouffé les quelques synapses qui restaient encore actives dans son cerveau. 

5. L’ouverture d’esprit

Oubliez qu’il mange des salades au McDo, ouvrez-vous à Hervé et conviez-le à une course. Il ne pourra qu’être séduit par la simplicité des champions, leur accessibilité et leur humilité face aux efforts pourtant dantesques qu’ils produisent au quotidien. Il comprendra par lui-même que le cyclisme est un des rares sports à se nourrir de son histoire, de son passé glorieux et de ses aventures plus épiques que la vie de Russel Crowe dans Gladiator. Un sport unique où certes des cons se dopent et transforment leur bicyclette en solex, mais un sport tellement magnifique qu’il faudrait écrire l’équivalent des sept tomes d’Harry Potter dans toutes les langues pour expliquer pourquoi. Comme le football d’ailleurs, dès lors qu’il est pratiqué ou suivi avec passion et respect. 
Revers de la médaille : ce week-end vous serez au Stade Gaston-Petit aux côtés de ce bon bougre d’Hervé, en train d’applaudir les tentatives de passements de jambes de Saïd Benrahma. Il fait un peu froid mais le spectacle est plutôt sympa. Alors, vous comprendrez qu’aucun sport n’a le monopole de la passion car chacun vient y puiser les émotions qu’il recherche. Et puis, les frites ne sont pas si mauvaises au stade.

Allez, sans rancune Hervé : merci et à lundi !

Rédigé par La Musette le Friday February 9, 2018

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