Menu
Carlos Betancur va remporter le Tour

Le Bananito cosmique que la Colombie attend depuis la nuit des temps s’est mis en mode Manu Macron : en marche. Actuel 18e du classement général à 22’17’’ de Krisfroume, Carlos Betancur semble plus affûté que la lame d’un Opinel et plus saignant qu’une entrecôte cuisson bleue. Et il va gagner le Tour de France. Oui, messieurs-dames !

Mardi 18 juillet 2017 : Le Puy-en-Velay / Romans-sur-Isère

08h17 : un appel mystérieux vient réveiller Carlos dans sa chambre de l’Hôtel Ibis Style du Puy-en-Velay. Une voix étouffée que l’on imagine masquée par un mouchoir lui glisse mystérieusement les mots suivants : « Carlos, tu vas gagner le Tour. Ce soir tu seras en jaune et tu goûteras les ravioles de Romans ». Bananito, quelque peu étonné se lève machinalement, s’étire et mange en secret un Twix Top qu’il avait planqué la veille sous son matelas. Puis il descend au petit déjeuner.

À sa grande surprise, il est seul et il n’y a pas de muesli, pas de pain, pas de confiture, pas de pasta, pas de fruits… Seule son assiette est disposée, avec en son centre un mystérieux paquet. Carlos l’ouvre et découvre, révulsé, un plat de lentilles du Puy. « Plein le cul de ces merdes, ça fait trois jours qu’on en bouffe ! » s’exclame-t-il en poussant son assiette, la mine déconfite par la rage et la déception. Le colombien découvre alors un petit mot sous son assiette, signé d’un anonyme et énigmatique « BV ».

« T’en as marre des lentilles, hein ? Roule fort aujourd’hui et tu connaitras le
goût de la victoire et des ravioles de Romans. PS : regarde le road-book, pour une fois. »

Carlos s’agace, avale sans plaisir son plat de lentilles et ouvre le road-book du Tour à la page du jour. L’arrivée se fait à Romans ? Romans… Comme les ravioles ! Ni une ni deux, Bananito file voir sur Google Images ce qu’est ce plat local. Quel subtil délice cela semble être ! Son ventre se met en garde, gargouille plus fort qu’un lendemain de tacos et la bave lui vient à la bouche. Adieu les lentilles, ce soir c’est ravioles !

Sur la ligne de départ au Puy-en-Velay, Betancur trépigne comme s’il était Armstrong avec l’USADA au cul. On le sent prêt à en découdre, à un point tel qu’il fait le départ… avant le kilomètre zéro ! Christian Prudhomme doit le contenir et le ramène dans le peloton. Carlos est possédé, le regard fixe vers l’avant, imperturbable, toute langue pendue dehors comme un Moreau de la grande époque. Une fois le départ réel donné, il attaque avec une violence inouïe. Son capteur de puissance bug alors qu’il sort de sa roue Tony Martin, Primoz Roglic et Sylvain Chavanel, qui ont essayé de le suivre dans la côte de Boussoulet. Betancur s’en va en solitaire sans regarder derrière, comme s’il courait la Route du Rhum. Au sommet du Col du Rouvet, il possède déjà 14 minutes d’avance sur le peloton quand il se saisit d’une musette tendue par son soigneur. Au grand dam de son estomac affamé, il ne trouve aucune denrée dedans : seul figure dans sa besace un petit mot signé du mystérieux « BV » qui lui dit : « Bat-toi Carlos, pour les ravioles. Et presse-toi, une surprise t’attend à Saint-Félicien ». Il n’en faut pas plus pour le motiver et le colombien écrase les pédales de plus belle. 

Au kilomètre 85, il traverse le village de Saint-Félicien avec plus de 19 minutes d’avance, quand soudain il découvre un stand dressé au bord de la route avec tout un étal du merveilleux fromage éponyme. Il s’en saisit, s’en délecte et reprend des forces. Que Dieu bénisse ce mystérieux BV ! Carlos est transfiguré, le peloton qui s’est mis en chasse ne peut rien faire, les Quickstep et la Lotto-Soudal sont impuissants… Carlos Betancur s’impose à Romans-sur-Isère avec 28 minutes d’avance sur un peloton médusé et s’empare du maillot jaune. Tout ce qu’il déclare à la presse à sa descente du podium est un laconique « Qué ? ». On sent l’homme pressé de rejoindre son bus. Et quelle n’est pas sa surprise en s’asseyant à sa place judicieusement située vers le frigo… Un plat de ravioles ! Un orgasme gustatif s’empare de Bananito. « Je t’aime BV ! » hurle-t-il avec sa fourchette en bouche, les yeux fermés vers le ciel. 

De retour à sa chambre d’hôtel et le ventre bien rempli, Carlos découvre un petit mot sur son lit :

« C’était bon ? Remporte le Tour et tu auras toutes les ravioles et tout le Saint-Félicien
que tu voudras pour le restant de tes jours. BV » 

Bananito s’endort alors, heureux, remonté et motivé comme un cadet le jour de son championnat départemental.

Mercredi 19 juillet 2017 : La Mure / Serre-Chevalier

Carlos se réveille, mange un Mars planqué sous son lit et descend au petit-déj. Encore des lentilles, et un mot : « Raclette party ce soir à Serre-Chevalier ? Tu sais ce qu’il te reste à faire… BV ».

La suite vous la connaissez : Betancur s’accroche à Krisfroume, Aru, Martin, Uran et Bardet dans le Galibier. Il fait la descente et s’impose, consolide son maillot jaune et se gave d’une incroyable raclette qui l’attendait dans le bus.

Jeudi 20 juillet 2017 : Briançon / Izoard

Carlos se réveille tout excité, avale un Bounty dissimulé sous son oreiller et court au petit-déjeuner où des lentilles l’attendent encore avec un mot de BV : « Tu as déjà goûté une tartiflette ? Il parait que c’est meilleur avec le maillot jaune au sommet de l’Izoard… ». Il n’en faut pas plus pour motiver notre héros : il s’impose avec huit longueurs d’avance sur Krisfroume au sommet du col mythique. Vite, au bus ! Quel délice, encore… ce reblochon, ces lardons, ces patates, ces petits oignons… Vivement demain !

Vendredi 21 juillet 2017 : Embrun / Salon-de-Provence

Le réveil qui sonne, un Snickers boulotté sous le chevet et hop : direction le petit-déj ! Encore des lentilles et un petit mot de BV : « Fais gaffe quand même à pas trop prendre de gras mon cochon ! Reste dans les roues aujourd’hui mais garde la pêche, j’ai une surprise pour toi demain ». Carlos termine l’étape avec le peloton, un peu renfrogné. 

Samedi 22 juillet 2017 : Marseille

Sitôt un Milky Way avalé, Carlos court au petit-déj manger ses lentilles et découvrir le mot de BV. Mais il n’y a rien aujourd’hui. On lui avait pourtant promis une surprise ! Déconfit, Carlos s’en va prendre le départ du contre-la-montre, déçu. Il parcourt les 22,5 km le coeur lourd, l’estomac dans les talons et perd près de deux minutes sur Krisfroume. C’est suffisant pour remporter le Tour, mais le coeur n’y est pas pour Carlos, pourtant adulé de partout en Colombie où même les barons de la drogue font la fête à visage découvert, jetant des kilos de cocaïne au ciel. Dans son habit de lumière, Bananito rejoint son bus, le pas lourd. Rideau, demain c’est Paris.

Dimanche 23 juillet 2017 : Montgeron / Champs Élysées

Carlos n’a pas le coeur à la fête et ne mange rien au petit-déjeuner, pas même le paquet de Fraises Tagada qu’il avait planqué la veille dans son slip. Il ne descend pas avaler ses lentilles du Puy et regarde à travers la fenêtre du bus avec mélancolie, pensant à BV. Il lui manque. Il a faim. Il veut des saveurs nouvelles, une raison de pédaler autour de la France ! Quand soudain… À l’intérieur de son casque coloré en jaune pour l’occasion, Carlos Betancur trouve un petit mot signé BV suivi de coordonnées géographiques :

« Rendez-vous ce soir à cette adresse pour goûter le meilleur kebab de Paris !
Dress code : yellow. À tantôt mon Bananito ! »

Le visage de Carlos s’illumine ! Il se gave de champagne lors de la parade avant l’arrivée sur Paris, on le surprend même à voler du saucisson Cochonou à des spectateurs. « L’apéro sans sauc’, c’est comme une course sans attaque de Pierre Rolland » justifie-t-il au micro de Titi Adam. Nacer Bouhanni s’impose sur les Champs, Carlos exulte, bâcle les interviews et le podium et enfourche son vélo pour rejoindre au plus vite l’adresse du kebab (on raconte qu’il aurait atteint la vitesse moyenne de 72km/h sur ce court trajet). Il entre dans le boui-boui et découvre avec stupeur l’identité de BV, qui l’attend à une table.

« Bin oui mon con, tu pensais que j’allais t’abandonner dès Düsseldorf ? Jamais je ne t’aurais laissé tomber. Et comme je peux pas blairer l’attentisme de Nérokintana que j’ai trop souvent été obligé d’attendre, j’ai tout misé sur toi, champion. Allez viens, régale-toi gros sac ! »

« BV » pour « Bala Verde ». Alejandro Valverde ! L’ange gardien de Carlos Betancur n’était autre qu’Alejandro Valverde depuis le début ! « Allez, goûte-moi ça, c’est une recette spéciale de kebab, salade-frites-tomates-oignons-ravioles de Romans supplément Saint-Félicien. Je l’ai fait faire exprès pour toi » conclut le Murcian, tout sourire.

 

Rédigé par La Musette le Tuesday July 18, 2017

Plus d'articles